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Parchemins du Repaire de La Vouivre
Ici,traditions, mythes, contes, histoires insolites sont légion.
 
Alexis le trotteur
 
Alexis Lapointe fut une figure marquante de la région de Charlevoix et du lac Saint-Jean, au tournant du siècle. Au cours de sa vie on lui a donné toutes sortes de sobriquets : Alexis le Nigaud, le Cheval du Nord, le Surcheval, mais c'est sous le nom d'Alexis le Trotteur qu'il est le plus connu. Ses prouesses à la course ont fait le tour du pays. Alexis pouvait voyager aussi vite à pied que ses contemporains à cheval, en voiture ou même en chemin de fer. Il gagnait même des courses contre les trains. Alexis le Trotteur était- il un précurseur naturel des grands athlètes olympiques ? Peut- être... mais il n'était pas qu'une légende au royaume du Saguenay. Plusieurs se souviennent encore de ses exploits. Il mourut en 1924, frappé par une locomotive qu'il tentait de devancer. Son squelette est exposé au musée du Saguenay à Chicoutimi de même que des objets lui ayant appartenu. Alexis Lapointe, né dans une ferme à La Malbaie en 1860, était un petit garçon turbulent. Sa famille comptait quatorze enfants À cette époque, les travaux de la ferme nécessitaient beaucoup de bras et l'on n'envoyait pas les enfants à l'école bien longtemps. Alexis faisait mille travaux et dès son jeune âge, il développa un goût pour les chevaux et les courses. Il se fabriquait des petits chevaux avec des bouts de bois et s'inventait des courses contre le vent. Il aimait à se mesurer à d'autres gamins. Avant de courir, il se fouettait les jambes avec une branche en criant : - Hue ! Hue ! Et il partait comme une flèche, sautant par-dessus les obstacles. Il arrivait toujours avant les autres. Il grandit et devint un fameux joueur de tours. Il jouait de l'harmonica avec adresse et il aimait par-dessus tout les veillées de campagne et les fêtes. Il quitta la maison familiale très jeune et fit quarante-six métiers pour gagner sa vie, dont celui de constructeur de fours à pain. Toutes les maisons du Québec de ce temps avaient un four à pain bien rond et chaulé construit à l'extérieur. Alexis excellait dans ce travail. Il parcourait les rangs et allait d'une ferme à l'autre pour construire ses fours. Des branches recourbées servaient d'armature et une épaisse couche de glaise séchée lui donnait sa forme. Il fallait voir Alexis piétiner la glaise dans l'auge avant d'enduire son four. Il se fouettait les jambes et ses muscles entraient en action. Une vraie machine à pilonner ! L'automne, il partait dans les chantiers et revenait au printemps. Et là, il parcourait les veillées pour danser. Il semblait infatigable, étant capable de danser des gigues simples pendant cinq heures d'affilée sans se fatiguer. Alexis parsemait sa vie de prouesses sans en tirer trop de gloire. Il se faisait même prier parfois pour participer à une course. Et il n'acceptait pas toujours les défis qu'on lui lançait. Mais quand il courait, il gagnait. On venait de loin pour le voir Il rendait aussi bien des services pour un peu d'argent. Par exemple, il allait chercher le courrier dans un dépôt en courant sur une distance de trente kilomètres. Il faisait ce trajet en moins d'une heure. L'anecdote la plus connue veut qu'un jour, il se trouvait au quai de La Malbaie avec son père qui attendait le départ du bateau pour Bagotville et Chicoutimi : le bateau quittait le quai à onze heures pour arriver à Bagotville à vingt-trois heures. Alexis voulait embarquer avec son père mais celui-ci refusa de l'emmener. Alors Alexis lui dit : - Quand vous arriverez à Bagotville,je prendrai les amarres. Et il fila. Pour faire le trajet par le chemin de terre il fallait compter cent quarante-six kilomètres. Alexis retourna à la maison, saisit un petit fouet, se fouetta les jambes et partit. Lorsque le bateau arriva à Bagotville, Alexis était sur le quai qui l'attendait. Il avait couru la distance en moins de douze heures. On se demande encore d'où lui venait cette formidable facilité de courir. Il faut dire qu'il s'entraînait sans cesse, en sautant, dansant et pirouettant. En fait, Alexis Lapointe, le simple, se prenait vraiment pour un cheval. À qui voulait lui lancer un défi à la course, il répondait : « Tu peux pas courir plus vite que Poppé !» Poppé, le cheval du nord, c 'était lui. * Alexis le Trotteur D'après des ouvrages de Jean-Claude Larouche Depuis le XIIe siècle, on raconte que Saint Nicolas, déguisé, va de maison en maison dans la nuit du 5 au 6 décembre pour demander aux enfants s'ils ont été obéissants. Les enfants sages reçoivent des cadeaux, des friandises et les méchants reçoivent une trique donnée par le compagnon de Saint Nicolas, le Père Fouettard. Au fil des siècles la légende disparut peu à peu à l'exception d'un épisode conté par Saint Bonaventure au XIIIe siècle. Celle des enfants enlevés, tués, mis au saloir et sauvés par Saint Nicolas qui leur rendit la vie. C'est la légende la plus marquante sur Saint Nicolas. Les trois petits enfants qui étaient venus demander l'hospitalité à un boucher. Celui-ci les accueillit et profita de leur sommeil pour les découper en morceaux et les mettre au saloir. Sept ans plus tard, Saint Nicolas passant par là demande au boucher de lui servir ce petit salé vieux de sept ans. Terrorisé le boucher prit la fuite et Saint Nicolas fit revenir les enfants. Selon une autre, Saint Nicolas est né au sein d'une famille de riches chrétiens pieux. Après la mort de ses parents, il a tout donné aux pauvres. Sa générosité est devenue tout particulièrement répandue : un certain père, noble apprauvri, et ses trois filles vivaient autrefois à Patara, et puisque le père s'est endetté, il était sur le point de les vendre comme esclaves afin d'améliorer la situation familiale - dans l'Antiquité, il n'était pas rare que la dot d'une jeune fille serve à subvenir aux besoins de ses parents et de la famille. Lorsque saint Nicolas l'a appris, il allait, pendant trois nuits consécutives, lui jeter par la fenêtre de la chambre à coucher de l'argent, avec lequel le père avait eu, non seulement de quoi rembourser ses dettes, mais aussi de quoi pourvoir ses trois filles de dots. Le fardeau de la pauvreté ne les menaçant plus, chacune des jeunes filles put alors choisir son destin. Nicolas de Myre est considéré saint parce qu'il a su voir l'asservissement qui menaçait les trois jeunes filles. Il leur fit don de pièces d'or qui servirent de dot et leur permirent de retrouver la liberté. Certaines versions de cette histoire racontent que saint Nicolas aurait jeté les pièces d'or par la cheminée. D'autres rapportent qu'il les aurait laissées sur le pas de la porte. Toujours est-il qu'en Belgique nous le fêtons tout particulièrement.
 
Le vendredi 13
 
dont le chiffre est au centre de nombreuses superstitions: on dit qu'il ne faut jamais être 13 à table, les hôtels n'ont généralement pas de chambre 13, et rares sont les personnes à revendiquer le 13 comme leur chiffre porte-bonheur ! Pourtant, rien ne prouve, scientifiquement parlant, que le chiffre 13 soit vraiment maléfique... Pour certaines personnes, au contraire, ce chiffre serait bénéfique, et la date du vendredi 13 particulièrement propice ! Les plus optimistes d'entre vous profiteront donc de ce vendredi 13 pour jouer au loto, prendre un engagement important ou, pourquoi pas, sauter en parachute ! Pourquoi le vendredi 13 a-t-il si mauvaise réputation ? Il existe de nombreuses hypothèses qui peuvent justifier la mauvaise réputation du vendredi 13. Aucune d'entre elles n'est cependant indiscutablement vérifiée. Parmi les raisons les plus souvent évoquées, nombreuses sont celles en rapport avec la bible et les évangiles. On dit ainsi que le Christ serait mort crucifié un vendredi 13. Une autre opinion assez répandue voudrait qu'Adam et Eve aient croqué la pomme un vendredi 13! Quant au chiffre 13 lui-même, sa mauvaise réputation viendrait en partie de ce qu'au dernier repas du Christ, appelé aussi la Cène, les apôtres étaient 13 à table jusqu'à ce que Judas soit parti pour accomplir sa trahison.
 
Le château cathare de Puivert dans l'Aude
 
Un château unique dans l'histoire des forteresses du midi. « Une introduction au Languedoc courtois » comme le dit si bien Michel Roquebert. Château des troubadours avant d'être place de guerre, château de rêve où l'on se plaît à oublier le bruits des armes pour le son des luths et des vielles. On y tint cour d'amour dès 1150 autour de Pierre d'Auvergne qui y composa des poèmes pour Ermengarde de Narbonne. Mais le castel tel qu'il apparaît aujourd'hui n'est que celui du XIVème siècle, postérieur à la grande épopée de la croisade. L'ancien château existe encore, bien que délabré et détruit au cours des siècles par les habitants des alentours venus prendre, ici une cheminée là une pierre sculptée ailleurs des fragments complets d'appareillage. Il était une demeure de seigneurs puissants dont la souche se perd dans la nuit des origines des familles occitanes. Bernard de Congost en était le maître vers 1200. Il était le beau-frère de Ramon de Péreilhe, seigneur de Montségur et comme son épouse Alpaïs, il était cathare. Lui-même mourut « consolé » à Montségur en 1232 quant à leur fils Gaillard, il fera partie de l'expédition contre les inquisiteurs d'Avignonet en 1242. La vaste cour était ceinturée de quatre tours différentes les unes des autres. Il faut imaginer ici une véritable ferme, mieux encore un village autonome avec ses artisans, son organisation interne, ses marchands. Diverses maisons ou échoppes devaient être construites de part et d'autre de cette cour. La « tour bossue » aux pierres taillée en bossage est mentionnée dès 1376 et est encore en assez bon état. Tandis que la grande tour d'angle qui joignait la face est et la muraille sud du château a entièrement disparue depuis 1825 Au centre de cette paroi sud trône la « tour Gailharde » dite aussi « tour des chiens » qui vient de faire l'objet d'une superbe restauration de la part de l'actuel propriétaire. Car Puivert est le seul des grands châteaux dits cathares qui soient demeuré propriété privée. Aujourd'hui, cette tour, jadis totalement ruinée, est actuellement habitable sur trois niveaux. Anecdote amusante, alors que l'on a dit - un peu légèrement compte tenu de l'époque de sa construction postérieure à la croisade - qu'elle devait son nom de « tour des chiens » aux hérétiques qui y auraient été enfermés, le propriétaire vient de découvrir, voici un an, une trentaine de squelettes de ces animaux sans doute jetés là par les habitants du village. Les légendes sont parfois farceuses ! Le siège de Puivert dut avoir lieu vers 1211 et dura quelques jours à peine. Il fut d'abord donné à Lambert de Thury par son ami Simon de Montfort puis revint un peu plus tard aux mains des seigneurs de Bruyères qui se partagèrent le Quercorb avec la famille de Lévis (cf. . M.Roquebert in « citadelles du vertige »). Les anciens propriétaires ne s'étaient pas avoués vaincus et ils reprirent leurs biens une première fois partout dans le pays après la mort de Montfort puis encore plus tard après la dernière révolte de Trencavel en 1240. Enfin confirmée dans leur fief, les seigneurs de Bruyères conservèrent celui-ci environ un siècle. Ensuite le château connut plusieurs maîtres, les Voisins, les Joyeuse, les Tournebouich. A la Révolution, sérieusement endommagé, il fut vendu. Il est à nouveau aujourd'hui entre les mains d'un passionné qui se consacre à sa restauration. Le grand donjon est très impressionnant avec ses trente mètres de hauteur. Il présente quatre salles : une salle romane souterraine à laquelle s'accroche une tenace légende de conduit artificiel caché qui sortirait loin de là dans les champs et une autre, romane également, en rez -de -chaussée d'une sobre élégance ainsi que deux superbes salles hautes, dénommées respectivement « la chapelle » et « la salle des musiciens » en mémoire des magnifiques figures d'instrumentistes qui y figurent. Au centre de la voûte de la première, nervurée six fois, se trouvent deux personnages dont l'un couronne l'autre. Dieu le père et la Vierge dit-on. On peut le penser mais rien ici n'est sur. Plus haut, il faut compter quarante-sept marches d'escalier pour accéder à cette « salle des musiciens » qui s'ouvre par trois fenêtres sur les faces est, sud et nord du château. La clé de voûte porte ici les armes des Bruyères et des Melun qui occupèrent la bâtisse après la croisade et durant des décennies. Ces dernières années, l'escalier qui mène sur l'immense terrasse du donjon a également été restauré par le propriétaire et se trouve à nouveau libre d'accès. On contemple de là-haut l'un des plus beaux coups d'oeil qu'il soit et la vue porte d'un côté jusqu'à Montségur , de l'autre au Bézu (Albedun) et même au pech du Bugarach et sur l'horizon des Corbières.
 
Plumeneige
 

(Les enfants d'ici adorent construire des bonhommes de neige. Mais ces personnages de neige deviennent parfois de vrais compagnons.) Ce village, là-bas, c'est Plumetis. À Plumetis habite une petite fille. Elle s'appelle Stéfanie. Ce matin, dans son jardin, Stéfanie roule la neige en boule. La boule a grossi en roulant. La boule est devenue si grosse que Stéfanie ne peut plus la bouger. Puis, Stéfanie roule une autre boule plus petite qu'elle pose sur la plus grosse, non sans peine. - Ouf ! C'est lourd ! Enfin, Stéfanie roule une plus petite boule : celle-là est ajustée sur les deux autres. Stéfanie examine son travail. Elle sourit à toutes les bonnes idées qui lui passent par la tête. Puis, elle court à la maison chercher ce qu'il faut pour habiller son bonhomme de neige. Stéfanie revient avec un vieux chapeau, une écharpe verte. Elle pose le chapeau sur la tête du bonhomme, enroule l'écharpe autour de ses épaules. Elle gratte sous la neige pour trouver trois cailloux pour faire des yeux et un nez. « Pour la bouche, qu'est-ce que je vais prendre ? » se demande Stéfanie. Elle court encore à la maison et revient avec une ficelle rouge et une plume. Avec la ficelle, Stéfanie dessine une bouche qui sourit. Elle pique la plume sur le vieux chapeau. - Bonjour Plumeneige, dit Stéfanie à son bonhomme. - Fais-moi des bras, dit Plumeneige. Stéfanie s'étonne, puis se dit : « Pourquoi pas ? » Elle tape la neige avec ses mitaines et fait deux bras à Plumeneige. - Fais-moi des mains, dit Plumeneige. Stéfanie, avec des boules de neige, fait des mains au bout des bras de Plumeneige. Des mains avec cinq doigts bien ronds. - Maintenant fais-moi des jambes, Stéfanie, demande Plumeneige. Stéfanie tape encore la neige et fais des jambes à Plumeneige. - Fais-moi des pieds, dit Plumeneige. Stéfanie fait des pieds à Plumeneige. - Veux-tu des chaussures aussi ? demande-t-elle. - Mais oui, dit Plumeneige, des chaussures pour marcher. - C'est bien, comme ça je ne fais pas les orteils, dit Stéfanie en riant. - Veux-tu me donner un bâton, Stéfanie ? dit Plumeneige. Stéfanie ramasse au fond du jardin une vieille branche cassée par le vent. - Merci, dit Plumeneige, et il s'en va, son bâton à la main. Stéfanie rentre à la maison tête basse. Le lendemain, Stéfanie retourne au jardin. « Si je faisais un ami pour Plumeneige, il reviendrait peut-être. » Et elle se met tout de suite au travail. Avec la neige qu'elle roule en boule, cette fois, elle fait un chien. Il a une petite queue et de grandes oreilles en neige. Tout à coup, le chien fait « oua-oua » et il s'en va lui aussi. Stéfanie est désolée. - Reste, reste ! appelle-t-elle. Je ne t'ai même pas encore donné un nom. Mais le chien en neige court, court dans le chemin qui va vers la forêt. Le lendemain, Stéfanie retourne jouer dans la neige. « Il faut que je fasse quelque chose sans pattes qui ne pourra pas se sauver », se dit-elle. La neige a durci. La neige ne se roule plus en boule. Avec sa pelle, Stéfanie fait des blocs de neige. Elle construit ... une maison en neige. Mais construire une maison, c'est long. Pendant des jours et des jours, Stéfanie travaille à sa maison. Elle construit les murs, le toit, la cheminée, une porte qui s'ouvre. Puis elle met dedans, un lit, un banc, une table, en neige. Un matin, Stéfanie trouve la porte de sa maison de neige fermée. Elle regarde par la fenêtre. Sur la table en neige, il y a un chapeau avec une plume. Sur le banc en neige, il y a une écharpe verte. Près du lit, il y a un gros bâton. Et dans le lit, il y a Plumeneige qui dort. Voilà ce qui lui manquait ! Une maison. Plumeneige est resté tout l'hiver dans la maison en neige. Il était très heureux. Mais le chien, on ne l'a plus jamais revu.

Quoi ? Vous en voulez encore ? Ok ! Ok ! Ok ! Voici deux autres contes ...

 
Quand les oies vont en voyage
 
(Deux fois par année, les grandes oies blanches traversent bruyamment le ciel du Québec en formant de grands V. Elles sont en migration. En cours de route, elles s'abattent souvent dans un champ pour se reposer. Mais leur halte préférée est la grève au pied du Cap Tourmente près de Québec où, en mars et en novembre, elles séjournent par centaines de milliers. Mais les jeunes oies arrivent- elles toujours toutes à destination ?) En mars, toutes les familles d'oies sauvages se préparent pour la grande migration. Les grandes et les petites oies attendent avec impatience le jour où Kapi, l'oie de tête, donnera le signal du départ. Elles s'impatientent : - Sais-tu quand on part ? - Est-ce pour demain ? - As-tu fait tes exercices ? Tika, petite oie de six mois à peine, écoute les vieilles oies raconter leurs voyages. Elle n'en peut plus d'attendre. - Quand est-ce qu'on part ? demande-t-elle à tout instant. Ah ! Comme elle a hâte de survoler les montagnes, les cités, les forêts dont elle ne sait rien ! Enfin, le grand jour arrive. Kapi fait savoir à toutes qu'il est temps de prendre la route du nord. La colonie se ressemble puis s'élève dans le ciel. Au début, on dirait une cour d'école à l'heure de la récréation : les oies volent dans toutes les directions. Puis, chacune prend sa place et le long voyage commence. Tika est si contente qu'elle bat des ailes plus qu'il ne faut et lance de grands cris dans l'air froid du matin. Mais, au bout de quelques heures, elle commence à sentir la fatigue. - Est-ce qu'on arrête ? demande-t-elle. - Pas maintenant, répondent ses voisines. Plus tard, après la traversée des montagnes. Tika se sent lourde, lourde ; ses ailes lui font mal. Pour éviter de penser à sa fatigue, elle regarde en bas. Elle voit des rochers, de la neige. Une tache rouge attire son attention. Qu'est-ce que c'est ? Une maison ? Le point rouge l'attire. Sans s'en rendre compte, Tika quitte ses compagnons et se laisse descendre. Elle se pose doucement sur le sol tout près d'une maison de montagnes coiffée d'un toit rouge. Soudain, une petite fille aux joues roses est là qui la regarde. La petite prend Tika dans ses bras et la porte dans la maison. Tika se laisse faire : elle est tellement fatiguée ! Toutes la journée, Tika se fait dorloter auprès du feu qui ronronne dans la cheminée. Les mains douces de la petite fille la caressent, sa voix lui chante des berceuses. Tika s'endort. Puis, à l'heure où le soleil se glisse derrière les montagnes, des cris lointains se détachent dans le silence. Ce sont encore des oies qui passent. Tika s'agite, ouvre ses ailes. On est bien dans une petite maison, mais... La petite fille a compris. Elle détache le ruban rouge qui retient ses cheveux et l'attache solidement au cou Tika, sans serrer. Puis , elle ouvre la fenêtre et murmure : « Adieu ! » Tika a repris ses forces : elle s'élance dans le ciel pour rejoindre sa grande famille. Elle emporte avec elle le souvenir d'une maison, de la chaleur du feu et de la douceur des mains qui caressent. Depuis ce jour, les années ont passé. Là-bas sur la colline, quand mars revient, une grande fille blonde se tient à la fenêtre de la petite maison au toit rouge. Elle surveille le retour des oies sauvages. Voilà qu'un matin, au-dessus des montagnes passe une immense volée d'oiseau blancs qui dessinent un grand V dans le ciel sombre. La grande fille sourit en entendant leurs cris rauques. Elle reconnaît Tika, la meneuse, car elle porte à son cou un vieux ruban rouge qui s'agite dans le vent. Un vieux ruban tout fripé et fané.
Et le dernier, dernier, dernier...
 
Gustave refuse d'hiberner
 
(On sait que les ours s'en vont hiberner dès qu'arrivent les froidures de l'hiver. Mais certains n'ont-ils pas envie, comme les enfants, d'attendre un peu pour jouer dans la neige ?) Gustave ne connaît pas l'hiver. Et pour cause ! Gustave est un ours. Tout le monde sait qu'à l'automne les ours s'en vont dans une grotte pour passer l'hiver à dormir. Ils hibernent et ne se réveillent qu'au printemps. Gustave a pris une grave décision. - Je ne vais pas hiberner, cet hiver, déclare-t-il à son père étonné. Je n'ai pas sommeil ! - Bon ! Fais à ta guise, répond papa ours. Toute la famille ours s'en va au premier gel. Gustave passe la nuit tout seul au pied du gros sapin. Le premier matin, il s'éveille tôt. - Il faut casser la glace pour boire au ruisseau ; mais, à part ça, tout est comme avant ! dit Gustave. Le deuxième matin, Gustave n'en croit pas ses yeux. Tout est recouvert de blanc. Comme c'est beau ! Gustave tâte, palpe, goûte la neige. Avec ses amis, les renards et les lièvres, il s'amuse comme un fou. Ensemble ils jouent à faire des traces de pas dans la neige. Mais Gustave a froid aux pattes malgré son bon manteau de fourrure. Alors, pour se réchauffer, il participe sur l'étang gelé à une formidable partie de hockey. Comme gardien de but, Gustave est imbattable. Les Rapidos sont ravis de le compter dans leurs rangs. Gustave passe un hiver épatant. Il apprend à faire des glissades et il devient vite le champion des batailles de boules de neige. « Quelle idée d'aller dormir ! pense Gustave. Je ne m'enfermerai plus jamais dans une grotte. L'hiver, c'est bien trop amusant ! »
 
Blanche de Beaumont
 
Blanche vivait en Normandie, dans un vieux château.
C'était une belle jeune fille âgée d'à peine seize ans. Elle était fiancée au chevalier Raymond de Nérac dont elle était très amoureuse. Sur les ordres du roi, le chevalier de Nérac dut se rendre en Nouvelle-France pour combattre les féroces Iroquois. Adieu la douce vie en France, les plaisirs de la cour et la belle et adorable fiancée de Normandie. Une fois en Nouvelle-France, le chevalier de Nérac n'eut pas la vie facile. Il dut combattre les Iroquois et affronter nos durs hivers tout en commandant des hommes qui n'étaient guère obéissants. Il se rongeait d'ennui et d'amour pour sa fiancée qui le hantait. Pendant ce temps, Blanche de Beaumont se morfondait également dans l'attente de son bien-aimé, mais dans son château. Vint le jour où elle ne peut plus supporter une telle situation. Elle irait rejoindre son fiancé en Nouvelle-France et l'épouserait. Une fois cette décision prise, elle ne pensa plus qu'à ce projet audacieux, mais n'en souffla mot à qui que ce fut, surtout pas à ses parents. Elle attendait, sans trop y compter, une occasion propice, qui se présenta malheureusement. Un bon jour, son frère vint au château annoncer que le roi l'avait prié de faire du service en Nouvelle-France. Et comment refuser au roi une prière ? C'est alors que Blanche s'ouvrit de son projet à ses parents et les informa de sa ferme intention d'accompagner son frère en Nouvelle-France. Ces derniers, horrifiés, s'y opposèrent carrément. Mais que peuvent les parents contre l'amour ? Au début de l'automne, Blanche de Beaumont s'embarqua donc pour la Nouvelle-France avec son frère. Vers la mi-octobre, leur navire croisait à la hauteur des côtes de Terre-Neuve et tous se réjouissaient à la pensée d'arriver bientôt au terme de ce long voyage. Par un matin de temps clair, la vigie annonça un navire à bâbord qui filait vers eux à pleines voiles. Ce fut d'abord une grande joie sur le galion français, mais bientôt suivie par un sentiment d'horreur: ce qui venait vers eux avait maintenant toutes les apparences d'un vaisseau pirate. Lorsque le capitaine se rendit compte qu'il s'agissait bien d'un navire pirate, il ordonna que tout l'équipage et tous les hommes valides du navire se regroupent. On distribua les armes et chacun prit le poste qu'on lui assigna dans l'attente de l'abordage. Ce fut l'horreur! Les français offrirent une résistance farouche mais les pirates, plus nombreux et mieux armés s'emparèrent du navire et de son contenu. Ils firent plusieurs prisonniers dont Blanche de Beaumont qu'on enferma dans une cabine. La pauvre Blanche subit le sort commun et se vit réservée à une vie de honte et de désespoir aux mains des brigands sans aveu. À la première occasion, elle se précipita dans les flots, préférant la mort au déshonneur. Les pirates sont superstitieux, et cette mort courageuse les impressionna fortement. Il leur sembla que leur bonne chance allait les abandonner et la crainte habita désormais leur âme coupable. Par la suite, le navire glissa dans un épais brouillard. Le lendemain, lorsque le soleil eut réussi à dissiper cette brume, l'équipage aperçut une masse énorme: c'était le Rocher Percé. Cet imposant rocher, semblant flotter près du rivage comme un navire ancré, dégageait une menace mystérieuse et impitoyable. Les pirates, figés de terreur, distinguèrent à son sommet une espèce d'apparition voilée dans laquelle ils crurent reconnaître Blanche de Beaumont. Puis brusquement, cette apparition abaissa ses mains vers le vaisseau dans un geste de malédiction et ce dernier, avec tous ses occupants, fut changé en un rocher dont on retrouve encore des vestiges aujourd'hui. Quant au chevalier de Nérac, il périt peu après aux mains des iroquois. On dit encore qu'à certains moments, lorsque le Rocher Percé est enveloppé de brouillard, on croit parfois entrevoir la jeune fiancée qui hante les parages des alentours du vaisseau fantôme comme pour s'assurer que la malédiction de l'innocence outragée pèse toujours sur lui et son équipage.
Car ces oiseaux de mer aux cris sauvages ne sont nuls autres que les marins pirates condamnés à voler alentour pendant l'éternité.
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