C'est
un serpent ailé dont le corps est recouvert de feu.
Elle a sur le front un
oeil unique,
diamant luminescent qui éclaire et qui projette une vive lumière
que l'on voit de très loin.
Lorsqu'elle se montre en femme,
elle est très
belle mais tout autant redoutable que sous son aspect de dragon.
La nuit, elle
traverse les airs en battant bruyamment des ailes,
guidée par l'escarboucle
lumineuse qui lui sert de regard.
Le jour, elle reste à dormir, lovée au fond
d'une caverne, puis descend vers la rivière pour se baigner.
Tantôt elle vole
jusque-là,
s'ébroue et bat des ailes comme le font les oiseaux,
d'autres
fois elle se coule dans les flots avec sa peau d'écailles et sa queue ondoyante,
mais
le plus souvent elle préfère se dépouiller de ses fabuleux atours
afin de sentir
la fraîche caresse des eaux contre son corps nu.
Dans l'herbe, à l'abri des
regards,
elle cache sa parure serpente et dépose dessus l'oeil précieux.
Combien
sont venus l'épier,
attendre cet instant pour lui voler son bien.
Le maraud
n'a qu'à tendre le bras pendant que la Serpe s'éloigne d'une brasse argentée,
attraper
le bijou et s'enfuir.
On dit que, privée de cette escarboucle, la Vouivre ne
voit plus rien.
Il n'a pas encore refermé les doigts sur la pierre qu'un horrible
sifflement le glace jusqu'aux os.
Il voit surtout les dents pourléchées par
une langue bifide,
et au milieu du front de la bête,
son visage convulsé
de terreur que les mille facettes du diamant déchirent en morceaux.
On
a beau les prévenir,
c'est toujours la même chanson.
On les retrouve déchiquetés,
disloqués ou calcinés,
et dès qu'on veut les retirer de la vase, ils tombent
en poussière,
tandis que la Vouivre ressurgit toujours triomphante des flots.