Un
bandana rouge déchiré et poisseux en guise de doudou,
Tristan tentait de siffloter
sur le chemin entre les arbres.
La petite chanson imaginaire faite de sons
qui n'étaient pas des mots lui donnait du courage.
Le sentier qu'il
avait pris longeait la falaise, au-dessus de la plage qu'il voyait toute petite
en bas.
Le saut d'un caillou parti de sous sa chaussure émerveilla le
regard de Tristan.
L'attention qu'il porta à ce caillou voyageur lui fit oublier
le sentier dangereux.
Le caillou finit son envol dans l'eau de la rivière qui
coulait en contrebas.
La
plage était pleine de cailloux. Et pourtant "son" caillou avait fini dans l'eau.
Pourquoi ?"
Il rangea la question, dans un coin de sa tête car il ne parlait
plus depuis l'âge de trois ans.
Sous le feu de ses frisettes toutes blondes,
Tristan avait plein de petits recoins, avec une question inquiètante dans chacun
d'eux.
Ces recoins étaient comme des petits tiroirs qui passaient leur temps
à s'ouvrir et se fermer avec des "clacs" d'incompréhension.
Vous l'avez compris,
Tristan était différent. Différent des autres enfants, simplement.
Même à l'école,
quand il était admis, il se sentait différent et était conscient que c'est ainsi
qu'au mieux on le considérait.
Différent mais tellement courageux, le petit
bout d'homme continuant son chemin arriva devant une grande cabane faite de bois.
-"Oah!"
pensa-t-il, en s'approchant de la cabane, "il y a beaucoup de moutons! Et quelle
odeur! Pouah, ça, pue!!
Leur maman ne doit pas beaucoup leur montrer comment
se laver."
Ce que l'enfant appelait moutons, étaients aussi des chèvres angora,
des boucs et des chevreaux.
Puis, Tristan aperçut un berger qui lui sourit.
Et ce berger avait un bâton à la main.
Tristan n'aima pas beaucoup ce sourire.
Il avait peur des humains et préférait de loin la nature et les animaux.
-"Viens
mon petit, tu as l'air d'avoir le ventre creux.
On va te préparer une bonne
tartine avec du bon fromage de nos chèvres et brebis" dit le berger.
Tristan
refusa l'invitation sans mot dire. Son regard suffit pour se faire comprendre.
Sans
pouvoir cacher sa panique ni son angoisse il s'enfuit en pleurs et en poussant
de grands cris qui, pour lui, devaient signifier ceci :
"Un homme qui a des
moutons doit les aimer et pas les garder avec un bâton.
Et puis, pourquoi cet
homme m'a souri. Pourquoi ? Lui, jamais ami avec moi !" pouvait-on lire dans les
yeux larmoyants de l'enfant.
Encore des questions bien inquiètantes que se
posait certainementTristan, lui qui ne pouvait plus parler.
Vous
l'avez bien compris, le berger ne voulait aucun mal ni à Tristan, ni à ses animaux
d'ailleurs.
Dans
cette histoire : Le raisonnement et la reaction de Tristan n'étaient-isl pas pour
autant logiques ?
Etait-il celui d'un enfant vraiment "malade" et à rejeter
d'une scolarisation traditionnelle sans essayer seulement de le comprendre?
Ou
bien encore une fois, Tristan ne méritait-il pas d'avoir le droit d'être simplement
différent avec son raisonnement bien personnel ?...