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Le Noyau d'Olive : Extrait des Légendes et Traditions Provençales
 
 
Extrait de l'Ouvrage Littéraire de Légendes et Traditions de Provence
 
 

Assieds-toi près du feu. Viens plus près de moi.
Tes yeux lumineux réchauffent mieux mes os fatigués que les flammes claires
qui jouent dans la cheminée.
Ce matin, j'ai vu du rose dans le ciel. Il va neiger un peu, c'est sûr.
Il est donc temps que je te raconte.
Donne-moi mon vieux châle de laine. Il sait tout seul trouver sa place sur mes épaules,
depuis que nous nous fréquentons tous les deux.

Voilà. Tout est bien. Ecoute maintenant.

Le Noyau d'olive : un Livre illustré de Légendes et Contes provençaux écrit à partir de recherches sur les traditions, croyances et superstitions de Provence

Quand je n'étais qu'un brin de petite fille, têtue et innocente comme toi,
mes parents décidèrent un beau jour, de quitter la ville pour la campagne.
Un beau jour pour eux, peut-être, si j'en croyais le sourire radieux qui rosissait les pommettes hautes de ma mère,
et les paillettes qui pétillaient dans les yeux de mon père. Mais je ne l'entendais pas de la même façon.
Il ne me convenait pas du tout de laisser là les rires sans raison de mes amies,
les jeux de marelle sur les pavés des trottoirs, évitant de justesse les passants affairés, les vitrines tentantes, les bruits,
enfin tout ce qui avait fait le théâtre de ma courte vie.
Tout de même, on ne me demanda pas mon avis, tout au plus m'assura-t-on de distractions et de plaisirs champêtres,
qui parurent bien ternes à mon âme de citadine.
Je traînais donc par les chemins, de Paracol au Val d'Anguille, des Rébias au jardin des Gorguettes,
cherchant tout ce qui pouvait alimenter ma mauvaise humeur avec un acharnement opiniâtre.
Ce jour là, alors qu'inconsolable de la perte de ma ville, je faisais méchamment rouler les cailloux d'un chemin,
je passais ma hargne impuissante en donnant un coup de talon rageur sur le tronc d'un olivier qui ne m'avait rien fait.
-" Tss…Tss ! "
Je me retournais vivement, prête à foudroyer le trouble-fête du haut de mes neuf ans.
Tiens ! Cela tombait si bien, que l'on me dérangeât, pour que j'en puisse user à détendre mes nerfs hérissés.
Je me trouvais nez à nez avec une bizarre personne.
Non qu'elle fût atteinte d'une quelconque difformité, ni qu'elle portât ses vêtements à l'envers.
En fait, elle semblait tout à fait normale, sous ses cheveux de blé mur et ses dentelles blanches.
Mais un léger vent, que je n'avais pas remarqué jusqu'alors, donnait un je ne sais quoi d'évanescent à sa silhouette…
A moins que ce ne soit ce reflet de soleil dans sa prunelle claire.
Quoiqu'il en soit, je restai coite, affrontant avec hésitation les sourcils froncés.
-" Et bien, Magali…Qui peut t'amener un si grand tourment, que tu sois obligée d'en faire partager le fardeau à un arbre qui ne te demandait rien ? "
J'étais surprise qu'elle connût mon nom. Mais j'étais trop fière et par trop en colère pour le laisser paraître.
Néanmoins, je me sentis obligée de me justifier de ce mouvement d'humeur.
-" Je n'ai rien à faire, ici. Je ne devrais pas être là…Il n'y à rien d'intéressant à voir ni à faire. Il n'y a personne. "
-" Personne ? " m'interrogea-t-elle. Et, se prenant le menton, qu'elle avait fort joli, dans la main, elle feignit de réfléchir,
un petit sourire de travers sur sa lèvre.
-" Personne, dis-tu ? Et tout ce qui t'entoure, pourtant ? "
Je ne jetais même pas un regard autour de moi, sûre de mon expérience de trois jours, durant lesquels j'avais arpenté les rues et les collines.
-" Il n'y a rien, par ici. Regardez ! Les buissons sont vides, rien derrière les troncs d'arbre, rien au bord de la rivière. "
Il est vrai que rien ne m'avait tiré l'œil avec assez de force pour venir à bout de ma mauvaise humeur :
ni les trois vieillards, assis à même les pierres sèches de la mensongère
(1),
à peine consistants dans l'ombre du mur, ni même le lézard pressé qui ne fit que passer.
-" Oh !.. Et bien, Magali, si tu ne vois rien, tu as peut-être raison, il n'y a sûrement rien à voir ! "
Je sentais qu'elle me mentait, et s'en amusait secrètement. Je l'aurais volontiers laissée là, pour s'être moquer de moi,
mais elle ne m'en laissa pas le temps.
-" Viens, marchons un peu. Puisqu'il n'y a rien à voir, ton attention sera entière.
Je vais te raconter une histoire. L'histoire de ce lieu, du temps où il n'y avait vraiment personne… Encore que ! "

(1) banc de pierre où se raconte les ragots


Extrait de "Le Noyau d'Olive". Oeuvre originale. Tous droits réservés. Copyright 1998 - 2008
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