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Rêve de jeune fille
qui se veut assez raisonnable pour ne pas donner une forme par trop humaine à
ses croyances. Trop éloigné. Tu abandonnas vite cette idée, un peu effrayée de
cette sagesse que tu m'avais octroyée. J'ai pour l'instant trouvé une apparence
d'éphèbe vêtu de blanc, et une paire d'ailes démesurées qui balaie le sol de ses
dernières rémiges. Une curieuse lumière me baigne en permanence. Voudrais-tu donc
faire de moi un phare, pour être sure de ne plus te perdre ? Je perds quelquefois
une plume neigeuse que tu ramasses et regardes un instant, avant de l'abandonner
au vent avec un haussement des épaules. Tes yeux cherchent ce que ton cœur sait
pourtant. Car tu doutes souvent. Je balise ton chemin de clins d'œil perceptibles,
de hasards improbables dont tu t'étonnes parfois. Sais-tu seulement que c'est
moi ? Que c'est moi qui t'ai empêchée de toucher l'arbre sur lequel la foudre
est tombée, noircissant tout jusqu'au cœur, en distrayant ton regard par des gouttes
de pluie roulant sur l'habit d'une pie. Que c'est moi qui ai interdit à ta voiture
de démarrer, alors qu'au carrefour, un camion aveugle ne se serait pas arrêté.
J'ai souri, face à tes reproches d'abandon, seule en butte aux caprices d'un moteur
sans conscience. J'ai souri, mais je n'ai rien dit. J'ai arrêté ton pas d'une
foulure douloureuse, pour ne pas que tu rencontres celui qui allait te faire du
mal. J'ai déposé devant toi, cet ami perdu auquel tu pensais, parce que c'était
ce que tu voulais le plus au monde, à cet instant précis. La pie s'est envolée,
l'orage est passé. Le camion a continué sans te voir et ta cheville a fini par
guérir. Quant à l'ami, il a su redonner des couleurs à tes souvenirs de petite
fille heureuse. Des souvenirs qui t'ont plus tard aidée, dans les jours de tristesse. Puis,
vint cette période affreuse durant laquelle, révoltée par un sentiment d'injustice
qui t'étreignit le cœur, tu erras dans ta vie, ne la reconnaissant plus. Les seuls
mots qui te vinrent aux lèvres, ne furent que des pourquoi. Tu ployas l'échine
sous la haine. Période à laquelle tu m'envoyas au diable, où tu m'oublias, comme
un papillon épinglé sur un bouchon. Ma patience et mon amour pour toi me firent
t'attendre. Attendre que la part d'ange en toi m'attire de nouveau. Car il
est écrit que tu ne peux te passer de moi. Ni moi de toi. Je plante des
intuitions dans ton cœur, pour aiguiller tes pas vers le destin que tu t'es choisi.
Tu m'appelles instinct quand tu te décides à me suivre, sottise quand tu me refuses
sans appel, au nom d'une raison qui t'aveugle. Je ne t'en veux pas. Je ne peux
pas. Il t'est si difficile de braver la pression de ton monde, qui t'entraîne
à devenir ce qu'il veut que tu sois. Moi, je veux ce que tu veux. J'ouvre les
mains, et comme un enfant qui apprend à marcher, c'est toi qui avances en premier. Tu
m'as cherché dans le regard des hommes, de ceux qui t'ont trouvée jolie, de ceux
qui t'ont donné l'impression d'exister en promenant leurs mains sur ton corps.
Tu t'es trompée souvent. J'ai adouci tes blessures. Devant un soleil couché
en rouge et violine, un soir, tu m'as presque touché la main, l'espace d'un instant.
C'était merveilleux, t'en souviens-tu ? J'ai placé sous ton nez un homme qui n'avait
rien à faire là. Tu l'as enfin vu, parce que c'était le tien. Tu ne l'as plus
quitté, et, de passions en colères, tu feras ta route avec lui jusqu'au bout.
Jusqu'au bout de quoi, tu poses quelquefois la question. Moi, non. Cet homme,
je lui avais déjà fait croiser plusieurs fois ton chemin. Mais tes yeux avaient
été aussi aveugles que les siens. Comme tu es dure à comprendre, parfois !
Je t'ai vue, jouant des coudes avec acharnement, faire une place à mes frères,
entre mangas et électronique, dans les jeux de tes enfants. Tu les as aidés à
veiller sur leur berceau, parce que tu as peur qu'ils ne sachent pas parler sur
internet. Ne crains rien. Je suis partout où tu veux me trouver. J'ai ri, quand
tes petits ont lancé leurs bras en collier autour de ton cou, quand ils t'ont
reconnue du regard. Tu étais contente. Je l'étais aussi. Tes joies sont mes joies
et les ailes que tu m'as voulues se gonflent de tes rires. Elle te paraît
longue, la route que nous parcourons tous les deux. Le temps représente tant pour
toi, et pour moi, si peu. Si belle dedans, que tes yeux semblent donner plus
de lumière qu'ils n'en reçoivent, tu fais tellement de pas autour de tes désirs,
que tu parais danser. Cela ne fait rien, si tu ne me vois pas. Si tu ne reconnais
pas comme miens les signes que je dépose sur ta route. Je recommencerai, encore
et encore, jusqu'à t'en faire mal, pour que tu comprennes enfin. Et quand viendra
le moment, je te prendrai par la main, pour t'emmener plus loin. Tu t'étonneras
encore de ma présence, et tu me diras, les yeux grands ouverts : " Comment
? Tu étais là et je n'en savais rien ! Mais que faisais-tu alors, quand j'avais
besoin de toi ? " Brisons là. Je t'ai déjà tout dit. Viens. |